Ça y est, il fait chaud dans toute la France! Le moment est donc idéal pour parler de réchauffement climatique. Au plus fort de l’hiver, rigoureux en Europe de l’Ouest, il était difficile de communiquer sur cette année 2010 qui risque fort d’égaler 1998, l’année la plus chaude depuis que les relevés par satellite viennent compléter les données au sol. Le sommet de Copenhague avait lui aussi fait les frais d’un froid peu propice à parler des changements climatiques, encore que son demi-échec relève plus des enjeux économiques que des relevés de températures. Le Canal Saint-Martin gelé à Paris: oubliée la canicule de 2003, le record de fonte des glaces arctiques de 2007 ou la disparition du glacier du Kilimandjaro. Il faut dire qu’à force de mêler tout et n’importe quoi (les études récentes attribuent la fonte du glacier africain à une baisse de l’humidité dans la région Est-africaine), ce en quoi excellent malheureusement tout autant les climato-sceptiques que les “réchauffistes” en cela fort aidés par des médias qui découvrent à peine la complexité du sujet, la méfiance s’installe.
Écart à la température moyenne en janvier 2010. On note que le froid connu sur la côte orientale des États-Unis, en Europe et en Mongolie est largement compensé par l’hiver exceptionnellement chaud du Canada et du Moyen-Orient. (Sélectionner l’image pour l’agrandir)
Un des témoins régulièrement convoqué par l’accusation dans le procès du réchauffement climatique (1), c’est la situation des glaces de l’Arctique. L’hiver dernier s’était terminé par un spectaculaire rattrapage de l’extension totale des glaces de mer, illustré par le graphique ci-dessous.
Partie sur des bases assez faibles, l’étendue des glaces de l’Arctique a prolongé sa phase de croissance un mois de plus qu’à l’accoutumée. Ce printemps on était même en ligne avec la moyenne 1976-2006! De quoi donner du baume au cœur à tous les amoureux du Grand Nord. (Sélectionner l’image pour l’agrandir)
On aurait eu tort d’imaginer l’Arctique tiré d’affaire: si depuis 2007 l’océan pansait ses plaies, tous les experts pointaient la fragilité de ce rattrapage. Il aura suffit d’un mois de juin pas particulièrement chaud pour que tout l’acquis de l’hiver fonde comme glace au soleil.
La situation au 29 juin 2010. Tout comme en 2007, la fonte s’accélère dès les premières longues journées des hautes latitudes. L’année 2010 semble même devoir battre le triste record de 2007. (Sélectionner l’image pour l’agrandir)
Si au niveau planétaire l’année 2010 est particulièrement chaude, le semestre chaud 2010 ne bat pas de records en Arctique. Alors, pourquoi cette fonte brutale? Dès 2007 les experts avaient mis en garde: la glace fond d’autant plus facilement qu’elle est récente. La glace ayant traversé plusieurs étés présente des caractéristiques physiques et chimiques lui permettant de résister aux vagues de chaleur. Or depuis cette année la proportion de vieille glace a dramatiquement baissé. Concrètement, seule une région adossée à la côte Nord du Groenland présente les caractéristiques pour survivre encore de nombreuses années à des vagues de chaleur modérées.
Le graphique illustre la baisse constante de la glace pluriannuelle dans la proportion totale de la glace Arctique. Si au tournant du siècle un certain équilibre s’était installé, l’année 2007 a brutalement remis en cause l’avenir même de la glace d’été, et le contexte climatique de l’Arctique n’est pas propre à favoriser un retour à l’équilibre précédent. La glace fraîche ne résiste ni aux faibles chaleurs de l’été, ni aux apports d’eaux subtropicales par les courants sous-marins qui contribuent à la fonte par le bas. (Sélectionner l’image pour l’agrandir)
L’étendue glaciaire minimum est chaque année atteinte à la fin septembre ou début octobre. La saison chaude est encore longue, et dès maintenant l’observation de la quantité de glace pluriannuelle ne laisse que peu de place au doute: 2010 est une année critique.
Les différentes qualité de glace à la fin juin 2010. Le rouge-bordeaux indique la glace dense, les teintes orangées indiquent une glace plus fragile. Année après année les zones homogènes s’étiolent, ce qui fragilise d’autant plus la reformation de glace pluri-annuelle.
Pour aller plus loin:
Le site du NSDIC qui propose une mise à jour quotidienne sur l’état des glaces marines de l’Arctique
Motoyoshi Ikeda (accès payant) souligne l’importance de l’arrivée d’eaux chaudes du Pacifique dans la fonte
Masayo Ogi établit le lien entre circulation des vents de surface et étendue des glaces de l’Arctique
(1) La liste de liens ci-dessus invite à prendre en considération la complexité du lien entre réchauffement climatique et fonte des glaces de l’Arctique.
Sur AléasTV: collaborer avec les pays en voie de développement pour lutter contre le réchauffement climatique
les zones les plus menacées par le réchauffement climatique
Sur TerreTv: l’impact d’El Nino
Sur le blog: le climat avec les coquillages!
L-A Alc.
Classé dans: Réchauffement climatique
Cet article a été écrit par Rédaction le 3 juillet 2010

